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Capitalisme (traditionnel) : vous avez deux vaches
et envie de faire fortune. Vous vendez l'une des deux et
vous achetez un taureau.
Communisme (orthodoxe) : vous avez
deux vaches. Vos voisins vous aident à leur donner à manger
et le gouvernement partage le lait entre vous.
Démocratie (représentative) : vous
avez deux vaches. Avec vos voisins, vous nommez quelqu'un
pour décider qui prendra le lait.
Démocratie (nord-américaine) : le
gouvernement vous promet deux vaches si vous votez pour
lui. Mais, à peine élu, le Président fait l'objet d'une
procédure d'impeachment pour avoir batifolé avec la gardienne
du troupeau. La presse dénonce ce «cowgate» et les juges
ridiculisent le chef de l'Etat devant le monde entier.
Démocratie (britannique) : vous avez
deux vaches. Vous les nourrissez avec de la cervelle de
mouton et elles deviennent folles. Le gouvernement ne fait
rien.
Démocratie (française) : vous avez
deux vaches, l'une de droite, l'autre de gauche. Vous les
faites cohabiter dans le même pré. Elles se battent toute
la journée, mais meuglent d'une seule voix lorsque la vache
du voisin vient brouter leur herbe.
Ecologie : vous avez deux vaches. Le
gouvernement vous implore de ne pas les traire. 35 heures
: vous possédez plus de 20 vaches et le gouvernement exige
qu'elles paissent aux 35 heures. Elles produiront moins
de lait en mangeant autant. On vous explique que vous n'avez
qu'à mieux vous organiser et on vous donne une botte de
foin. Politiquement correct : vous êtes en rapport (le concept
de propriété est trop relié à un passé phallocentrique)
avec deux bovins de sexe non spécifié et de poids indifférent
(après trois cures de Slim Fast).
Féminisme : vous avez deux vaches.
Elles se marient et décident d'adopter un veau. Mais, avec
la nouvelle économie, tout change. Même le féminisme se
démode : dans les start-up, les hommes ne harcèlent plus
les femmes (et pour cause, il n'y en a pas). Quant au capitalisme,
il s'accélère : en temps internet, un an en vaut sept, comme
chez les chiens. Résultat : la parabole doit être réactualisée
de plus en plus souvent. Janvier 1998 : vous avez deux vaches.
Vous revenez de la Silicon Valley et vous créez, dans le
11e arrondissement de Paris, un site communautaire destiné
aux éleveurs de bétail. On vous prend pour un fou, et on
vous expulse pour détention de bétail en appartement. Janvier
1999 : vous avez deux vaches. Vous lancez un site de B to
C (du bovin au consommateur) pour vendre du lait frais en
ligne. Un investisseur californien accepte de vous financer,
à condition d'aller faire paître vos vaches dans l'Arizona.
Janvier 2000 : vous avez deux vaches, vous lancez un site
de B to B (du bovin au boucher) pour la revente de vaches
d'occasion. Vous cherchez 5 millions de francs, mais les
capital-risqueurs veulent absolument vous en fourguer 20.
Mars 2000 : vous avez moins de 25 ans, des nuits blanches
à occuper et vous savez dessiner des vaches. Vous vendez
ces bovins virtuels pour 50 millions de francs à des investisseurs
convaincus qu'ils donneront du lait bientôt. Avril 2000
: vous aviez 200 vaches, le krach ne vous en laisse que
20. Vous en échangez une contre un taureau et vous vous
armez de patience. Septembre 2000 : vous vous reconvertissez
dans la fourniture de trayeuses high-tech. C'est bien connu,
seuls les fournisseurs de pelles et de couvertures ont fait
fortune lors de la ruée vers l'or. Moralité : Le monde ne
s'est pas fait en un jour. Désormais, les investisseurs
font le tri entre les bons éleveurs et les dilettantes du
Larzac. Et ils préfèrent le P to P (path to profitability)
à toutes les autres lettres de l'alphabet. La révolution
technologique ne s'arrête pas pour autant : plus que jamais,
on a besoin de vaches, de bouchers et de places de marché
pour les mettre en relation !
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